Richard Walter :

quand la musique est bonne

Jouant dans un groupe de rock local originaire de Selestat, Richard Walter aurait pu, à l'image de beaucoup d'autres, tout arrêter pour se consacrer à une activité plus sérieuse. Sa passion pour la musique et son sens des affaires l'ont conduit à devenir le principal organisateur de spectacles dans l'Est de la France et le manager d'une star comme Patricia Kaas.

 

«J'ai vraiment réalisé un rêve d'enfant quand les Pink Floyd sont venus à la Meinau» confie Richard Walter. Dans son bureau à Geispolsheim, il est entouré par les disques d'or ou de platine. Les portraits de Patricia Kaas sont omniprésents. Normal, c'est Richard Walter qui l'a découverte aux Francofolies de la Rochelle et qui, aidé de son associé, Cyril Prieur, a tout de suite compris le potentiel que représentait cette jeune lorraine encore un peu gauche. Un marketing soutenu, relooking successif, un talent qui ne faisait que se confirmer et s'affirmer avec le temps et surtout une politique très volontariste d'internationalisation. «Nous avions une assez grande connaissance du marché allemand et Patricia devait pouvoir y représenter le meilleur de la chanson française. Du coup, nous avons loué de très grandes salles, mis tous les moyens techniques et humains pour qu'elle y devienne une vraie référence». Et quelques années plus tard le résultat est là : Patricia Kaas est la chanteuse française la plus connue en Allemagne mais aussi dans le monde. Son dernier album s'est déjà vendu à 600 000 exemplaires après quelques semaines de vente et semble idéalement parti pour réitérer le même succès que le précédent qui s'était vendu à 1,5 millions d'exemplaires et qui avait rapporté en passant 15 M.F. aux différentes sociétés de Richard Walter. On est bien loin du temps où ce dernier organisait des concerts sur des parkings...

Le show et le business

Au début des années 80, Richard Walter est le leader d'un groupe originaire de Selestat, les Jesb. Ils font quelques tournées au Luxembourg, en Belgique ou en Allemagne mais l'argent commence vite à manquer et Richard Walter frôle l'interdit bancaire. Le groupe ne pouvait se rentabiliser avec les simples cachets que leur délivrait les organisateurs de spectacle locaux. Il décide alors d'acheter son propre matériel de sono qu'il utilisera dans chaque spectacle à charge pour l'organisateur de lui payer la location. Mais le groupe ne réalisant qu'une quarantaine de représentations dans l'année, le groupe ne peut amortir à lui seul le matériel et décide de le louer à d'autres groupes. Fort de cette idée, en 1981, il crée avec Cyril Prieur, sa première société Scènes et Sons. Devant les pressions financières, il arrête son activité musicale et crée une association, l'APRA (Association pour le rock en Alsace) : «le rock était encore considéré au début des années 80 comme une musique de rebelle, peu recommandable. Or, avec l'arrivée de la Gauche au pouvoir, une véritable politique d'aide à la création musicale va être mis en place. Notre association, à ce titre, a bénéficié d'aides publiques». l'APRA organise des concerts, des festivals pour des groupes alsaciens. Et puis, en 1986, Walter découvre un jeune groupe strasbourgeois, Raft, qui va découvrir le succès avec sa fameuse chanson «Y'a ka dansé». Le succès n'est pas immédiat : «Raft avait signé avec Polydor et nous avons du les harceler pour qu'ils obtiennent la première partie des concerts de Niagara qui est, déjà à l'époque, un groupe auréolé de succès». Faute de relais dans la presse et la radio nationale, Walter, avec son groupe toujours inconnu, contacte toutes les petites radios locales, les petits journaux afin de faire découvrir Raft. Quelques semaines après, le succès est là, Raft est premier au Top 50. Impressionné par les résultats obtenus par Richard Walter, Niagara le choisit en tant que nouveau manager.

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L'organisation de mega concerts

Une structure associative ne répond désormais plus à l'étendue des activités de Richard Walter. Il crée avec son ami Cyril Prieur, «Talents sorciers», une structure chargée exclusivement du management des artistes. «Nous avons tout de suite misés sur les synergies avec Sons et Scènes qui nous fournissait le matériel pour les concerts de nos artistes». La concrétisation du succès de Patricia Kaas avec «Mademoiselle chante le blues » en 1987 permettra une montée en puissance continuelle de Talents Sorciers et d'une nouvelle société dénommée «Notes de blues», chargée exclusivement de la carrière de Patricia Kaas (édition de disques, promotion, management...). Cette société, dont Patricia Kaas était elle-même actionnaire, a été revendu à Sony, son activité devenant trop gigantesque pour une structure comme celle mise en place par Richard Walter. Celui-ci a juste conservé l'organisation de ses concerts avec la société « Tour de charme ». Et, Walter s'occupera désormais du management de la carrière de Deep Forest, groupe français qui vend avec ses musiques technologiques empreintes de rythmes traditionnels, 2,8 millions d'albums dans le monde (record pour un groupe français).

L'organisation de mega concerts

Parallèlement, Walter en partenariat avec Bruno Heucka et son frére Franck, créait Music Machine, entreprise spécialisée dans l'organisation de spectacle dans le Grand Est. La plupart des concerts du Rhenus, U2, les Pink Floyd à la Meinau sont à mettre à son crédit. « Nous organisons plus de 150 concerts par an dans l'Est de la France et même à l'étranger. Mais, il est vrai que ces derniers temps, les marges se resserrent car les concerts sont de plus en plus onéreux, le cachet des artistes aussi et surtout, on a atteint avec le prix des billets, qui parfois dépassent les 300 francs, un seuil difficilement franchissable. Mais grâce aux sinergies avec les autres sociétés du groupe, comme Scènes et Sons par exemple, nous maintenons encore notre rentabilité ». Music Machine est aussi concessionnaire du Galaxie d'Amneville, ce qui lui permet de recevoir des artistes qui souvent ne peuvent venir à Strasbourg comme Phil Collins ou Dire Straits: « Le Rhenus, même rénové, est d'une taille insuffisante et sera d'ici cinq ans déjà obsolète. Et même la Meinau est limitée en terme d'espace. Nous avons raté les Rolling Stones de peu pour un problème de taille de scène et Mickael Jackson ne pourra pas venir pour les mêmes raisons ». Et si on évoque la construction d'un Palais des Sports à Strasbourg, Richard Walter approuve mais avec réserve : « qu'on vienne au moins nous consulter pour qu'on réfléchisse avec le maître d'ouvrage à la construction d'une salle qui puisse contenir, dans de bonnes conditions, 10 000 personnes ». Music Machine se porterait d'ailleurs volontiers concessionnaire de la salle.

Aujourd'hui, à travers ses six sociétés, Richard Walter réalise plus de 100 M.F. de chiffre d'affaires avec une marge qui avoisinerait les 13%. Une belle réussite commerciale qui lui a valu, il y a trois ans, d'être nommé meilleur entrepreneur alsacien de l'année par le Nouvel Economiste. De quoi assurer une certaine fierté à Richard Walter à qui l'on affirmait que, décidément, la musique n'était pas un métier sérieux... C.F.